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dimanche 11 octobre 2009

Pajarillo verde

Pajarillo verde
Como no quieres que llore ?
Pajarillo verde
Como no voy a llorar ?


La rengaine habituelle des jours d'été à L.
Notre maison là-bas était tellement grande. Je portais des volants bleus et blancs. Mon teint porcelaine caché sous une grande capeline bleu cobalt que Maman m'avait achetée au marché nocturne. Mes pieds nus dans le vide. L'espace entre la terrasse et le sol. Papa n'avait pas encore construit de petit escalier entre les deux. Et, à cette époque là, je m'imaginais sautant d'une falaise tellement cela me semblait haut.
Avec du recul, il y avait simplement la place pour que les jacinthes y poussent.

Et c'était ce qui me faisait rester là, sirotant ma grenadine : Maman jardinait.
Dans notre jardin, on trouvait des albizzias, des catalpas, un grand eucalyptus et des sumacs de Virginie. C'était une forêt exotique dans laquelle j'aimais à me prendre pour une exploratrice. Les amandiers étaient secs à l'été, le lilas embaumait la maison. Maman soignait des heures durant les rosiers, les jacinthes, les asters et le cerisier du Japon qui, et ce pour une raison que nous ignorons tous, demeurera petit et ne bourgeonnera jamais.

Je pouvais regarder Maman des heures, taillant le figuier, arrosant les dahlias, s'affairant autour de ses massifs. Nous écoutions Soledad Bravo.
Le plus grand des albizias et l'eucalyptus dont les branches s'étaient entrelacés - et j'y voyais là la promesse d'un éternel amour entre les deux arbres ; en réalité c'était Papa qui les avait d'abord fait tenir avec du fil de fer, afin qu'elles poussent enchevêtrées - étaient donc le parasol improvisé de longs repas d'été entre amis.

Et, quelques années plus tard, lorsque Papa a coupé les branches de l'albizia et de l'eucalyptus, les laissant chauves, lugubres et laids ; je compris que rien ne serait plus comme avant.

Je retourne parfois à L. . D'autres enfants jouent maintenant sur la terrasse aux carreaux de terre cuite où j'aimais m'avachir autrefois. Les arbres ont été coupés, l'herbe arrachée, les massifs délogés. A la place, on a mis une dalle en béton recouverte de petits graviers couleur saumon et blanc, comme dans nos cimetières.
Et une nuit, lorsque la maisonnée dormira, j'irais y poser une dalle gravée à la mémoire de mes souvenirs qui, à jamais, hanteront la demeure.

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