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lundi 25 octobre 2010

La tempérance

Au 6e étage sans ascenseur de ma vie autrefois sans saveur, je contemplais, inerte, le phare de la Grande Dame de Fer. Les choses ont-elles changées ? Et d'ailleurs, suis-je celle que j'ai toujours été ?

Les quatre vertus cardinales de Platon sont le courage, la justice, la prudence et la tempérance. Et quel homme peut se vanter de toutes les posséder ? Je m'applique chaque jour à les atteindre. La justice étant pour moi la primordiale, je vois mal comment alors me résoudre à la tempérance. Il est vrai que la soif de justice entraîne une telle passion, une telle ardeur que je ne peux m'empêcher de m'émouvoir à la vue d'une iniquité. Cela dit, la tempérance, sensée être la qualité de celui qui saura maîtriser ses émotions et ses actes me semblent alors hors de portée.

Peut-être est-ce mon âge ?

Mais toutefois, je sens depuis quelques temps un changement. Tout en conservant les grandes lignes de mon caractère ; je réussis à me canaliser, à agir avec raison. Encore un coup de fameux temps. Je le laisse opérer à sa guise, le laisser penser que je crois encore à l'incapacité de ses effets sur moi. Jouer au chat et à la souris avec lui ; je dois dire que ça me plaît assez...

samedi 23 octobre 2010

WTF?

On se jure trop souvent trop de choses.
On ne tient pas nos délais, nos horaires, nos vies.
On oublie. Des personnes deviennent de vagues photographies calées dans le fin fond d'une boîte poussiéreuse oubliée dans un garde-meuble. Et au fond, c'est pour ça que j'écris. Pour ne pas oublier, même le futile, les choses dont je pourrais me passer.
La Mémoire, prise au sens strict.

Jules devient une pierre d'onyx.John, un pull oublié par mégarde à la maison. Philippe, une caricature roulée et cernée d'un élastique. Béatrice, un tableau accroché à mon mur. Terry et Trish, un guide touristique de San Francisco.

Tant de gens croisés. Chacun marqué par la présence ou l'intervention de l'autre dans sa vie. Du travail, des vacances, des mariages, des minutes interminables dans l'ascenseur, des sourires de connivence dans le métro. Qu'importe la durée, d'un instant à une vie entière. Qu'importe l'endroit, les circonstances. L'important, c'est de vivre. Et puis un jour, au détour d'une conversation, après avoir écouté une chanson, après avoir bu un verre de Corton, après avoir été bousculée par un rustre qui court sur le trottoir : se souvenir.

En pleurer, en rire, se sentir nostalgique, bête parfois, perdu, envieux. Il n'y a pas de règles. C'est la première fois où on ne vous demande que de développer le théorème à l'aide de ses exceptions.

mercredi 20 octobre 2010

Intelligentsia

A l'ère du stupide, de la provoc... (putain je fais "vieille réac" là !).. Bon je disais donc.. A l'ère du stupide et de la provoc', on tombe parfois sur de véritables "perles". J'entends là des personnes. Des personnes qui, loin de se prendre au sérieux, sont capables de remise en question.

Que je vous explique... Hier soir, je me trouve dans une pièce avec trois hommes. N'allez pas vous imaginer des choses ! Nous parlions simplement; et bien que je ne connaisse pas par coeur mes compagnons de la veille, j'ai ressenti un côté profondément authentique, franc et sans aucune crainte d'être fustigé. J'étais bien loin du cynisme ambiant. Comme certains comparent la taille de leur queue, d'autres celle de leur ego, encore d'autres comparent l'étendue de leur cynisme. Eh bien, hier soir, j'ai eu le droit (malgré l'alcool et el chocolate ) à un échange réel. Une discussion intelligente, parsemée de non-sens liés à l'état d'ébriété ambiant (surtout le mien en fait). Mais j'ai surtout écouté. J'ai été sage. Et pour la première fois depuis bien longtemps, j'ai été heureuse d'assister à une conversation d'hommes : leurs aspirations, leurs pensées. Quelle bouffée d'air frais.

J'ai eu l'envie de lâcher Elle qui m'explique comment jouir, Jeune et Jolie qui me conseille afin de cacher mes cernes..

J'ai eu envie de les écouter. Et je l'ai fait. Et j'ai compris des choses. Et je les remercie ;)


Vivre, connaître la vie, c'est le plus léger, le plus subtil des apprentissages. Rien à voir avec le savoir

Jean-Marie Gustave Le Clézio

dimanche 17 octobre 2010

It will be alright, it will be fine.

15h, je rentre à la maison dans le dimanche après-midi glacial. J'ai l'air d'un zombie. Une semaine à faire la bringue, enchainer les cours. Moi, si casanière depuis deux ans ; me voilà embarquée depuis quatre jours dans de véritables marathons.
Paradis artificiels. J'ai oublié d'oublier. La réflexion et l'absurdité cohabitent en mon esprit bien qu'aucune d'elles ne me payent loyer. Je me sens légère. Emportée. Je pense à mon enfance : Papa, Maman, les uns et les autres, Noir Désir, les dimanches à la montagne, les embruns, mes taches de rousseur, les tourtières de Mamie, les boutons de manchette du grand-oncle, Estele de la Ma chanté dix fois par messe...


But in this life, I'll give it time
Cause it's alwys spinnin' up from behind
It will be alright, it will be fine
Cause it's nothin' more ordinary life

mardi 5 octobre 2010

Claude Lefort

Claude Lefort nous a quittés. Je ne vous déblatérerai pas sa biographie, il y a des sites pour ça.

Au-delà de l'homme de lettres, il y a le vieil homme ; mon voisin.
Voilà deux ans et demi que je vis dans le studio au-dessus de son appartement. Que je le croise tous les jours dans les escaliers, sous le porche, au supermarché du coin de la rue. Toujours un mot gentil à dire, une façon très distinguée de m'appeler "Mademoiselle" même lorsqu'il me voit revenir d'une soirée un peu trop arrosée, les cheveux en pétard et les faux cils collés sur les dents. La première des personnes de mon voisinage à me considérer malgré mon jeune âge, à me féliciter pour mes traits d'humour et d'esprit.

Et, même si cela ne durait qu'une minute, j'aimais discuter avec cet homme. De simples banalités prenaient une tournure agréable, spirituelle. J'avais étudié son oeuvre au lycée et cet érudit faisait preuve d'une modestie sans fin. Rougissant au moindre compliment, gêné. Mais pourtant, on lisait dans chacune de ses rides son vécu, ses convictions, ses luttes. Il disait souvent à Maman que toute l'admiration que les jeunes étudiants en philo avaient à son égard le dépassait. Bien loin de la médiatisation, notre sage, notre philosophe s'est éteint. Mais la lumière de son oeuvre, de sa personnalité et de sa gentillesse ne cessera jamais de briller en nos coeurs.

samedi 2 octobre 2010

Time after time

Je suis tombée par hasard sur deux de mes anciens agendas. J'avais pour habitude d'y coucher ma pensée du jour, mon humeur. J'ai donc parcouru mes déprimes et mes liesses adolescentes. Cela m'a donné le sourire. Car en lisant ça, j'ai pu sentir que j'avais mûri, avancé. Et comme je trouve risibles mes plaintes, mes manies et mes intérêts égoïstes et superficiels. Je ris aujourd'hui de mes coups de calgon d'il y a 5 ou 6 ans. Mais, qui sait, un jour peut-être rirai-je en lisant ce blog où je vous conte quelques bribes de quotidien.

Pour ce qui est de mon adolescence, j'ai l'impression d'avoir dormi autant que la Belle au Bois Dormant. Mes excès d'humeur, ma fantaisie me semblent si lointains désormais. Je crois que ce sentiment nous habite quand nous sommes jeunes. L'impression d'avoir vécu tant de choses alors que nous ne sommes qu'à l'aube de notre vie.

Le temps - ce salaud - a cette vertu agaçante : l'élasticité. Le regret de mes archives personnelles me dévore en même temps que l'impatience de vivre de nouvelles expériences. Ce sentiment qui transforme les journées en années. Le même sentiment qui fait qu'une année s'écoule sans que je ne l'ai vue.

Quel salaud oui. Omniprésent, cause, effet, mort. Il est, il régit. Il est là comme un chat alangui au soleil, un chat que l'on croit endormi. Mais il est prêt à bondir, à venir me griffer les jambes comme pour me signifier que je ne peux rien contre lui.. J'ai donc décidé de lui faire les yeux doux. Et, peut-être qu'un jour, nous deviendrons bons amis.