Claude Lefort nous a quittés. Je ne vous déblatérerai pas sa biographie, il y a des sites pour ça.
Au-delà de l'homme de lettres, il y a le vieil homme ; mon voisin.
Voilà deux ans et demi que je vis dans le studio au-dessus de son appartement. Que je le croise tous les jours dans les escaliers, sous le porche, au supermarché du coin de la rue. Toujours un mot gentil à dire, une façon très distinguée de m'appeler "Mademoiselle" même lorsqu'il me voit revenir d'une soirée un peu trop arrosée, les cheveux en pétard et les faux cils collés sur les dents. La première des personnes de mon voisinage à me considérer malgré mon jeune âge, à me féliciter pour mes traits d'humour et d'esprit.
Et, même si cela ne durait qu'une minute, j'aimais discuter avec cet homme. De simples banalités prenaient une tournure agréable, spirituelle. J'avais étudié son oeuvre au lycée et cet érudit faisait preuve d'une modestie sans fin. Rougissant au moindre compliment, gêné. Mais pourtant, on lisait dans chacune de ses rides son vécu, ses convictions, ses luttes. Il disait souvent à Maman que toute l'admiration que les jeunes étudiants en philo avaient à son égard le dépassait. Bien loin de la médiatisation, notre sage, notre philosophe s'est éteint. Mais la lumière de son oeuvre, de sa personnalité et de sa gentillesse ne cessera jamais de briller en nos coeurs.

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Hejje